Philippines : Croisière Visayas 2.0

Vous pouvez plonger cent fois sur le même site, chaque plongée sera différente, avec son cortège de surprises, d’anecdotes, de rencontres inédites… Notre lot au quotidien lors de cette croisière nouvelle version : sa redécouverte à bord du Seadoors au départ de Cebu City… Nous ? On a adoré !

Mise-en-bouche à Mactan
Histoire de gommer en partie le décalage horaire, c’est à partir du nouveau club de plongée de l’hôtel Crimson, à Lapu-Lapu sur l’île de Mactan face à Cebu City qu’a lieu notre mise-en-bouche pré-croisière. Une intéressante incursion dans les eaux baignant les îles de Nalusuan et Hilutungan où s’épanouit un sympathique tourisme subaquatique. Nous consacrons cette première journée à une réadaptation placée sous le signe de la détente. Après des années d’une pêche quelque peu débridée, les autorités ont semble-t-il légiféré efficacement et, selon le principe qu’un poisson est d’un meilleur rapport économique vivant que mort, préféré protéger les sites et proposé aux clients de passage une découverte décontractée des fonds marins.

Cap sur Cabilao
Une inopportune dépression s’étant installée dans le nord des Visayas, le capitaine du Seadoors décide d’inverser l’itinéraire prévu. Dont acte. Nous mettons nuitamment cap au Sud-Sud-Ouest. Il est 5 h lorsqu’à l’ouest de l’île de Bohol se profile l’île de Cabilao sous sa coiffe de cocotiers. Je retrouve Greg avec un plaisir non dissimulé, un de ces guides comme je les aime, calme, efficace et auquel rien n’échappe, pas même la plus discrète créature en tenue de camouflage.

C’est pourtant un animal d’un tout autre calibre qui nous accueille lors de la plongée inaugurale : une énorme tortue verte surprise dans son sommeil mais qui pourtant ne manifeste aucun signe d’agacement. Je la soupçonne même de s’être rendormie après notre passage. C’est dit, nous consacrerons trois plongées superbes à cette île haute en surprises. Le menu en vaut la peine.

Une fois franchie la surface, le paysage sous-marin vaut à lui seul son pesant de Nitrox : à perte de vue, des cascades de corail en vasques, gigantesques empilements grouillants de vie, riches en surprises de tous calibres, tels ces platax voiles juvéniles, délicats bijoux hyperactifs, cauchemars du photographe tant ils sont insaisissables. Je ne voudrais surtout pas oublier les stars de ces eaux généreuses, les improbables poissons crapauds enveloppés dans les éponges oreilles d’éléphants jaune moutarde, tellement confiants en leur faculté de mimétisme qu’ils ne bougent pas un cil lorsque nos objectifs indiscrets les scrutent sous toutes les coutures.

Oslob : les géants de la controverse
Quelques heures de navigation nocturne ont permis à notre Seadoors de rejoindre le sud de Cebu après avoir retraversé le détroit du même nom. Le soleil n’a pas encore pointé son nez que nos deux embarcations sont mises à l’eau. Le briefing a été particulièrement soigné car Tanawan près d’Oslob n’est pas une plongée comme les autres. Encensée par certains, vouée aux gémonies par d’autres, l’activité de ce lieu fait débat comme on dit sur les chaînes d’infos. C’est en effet le point de rencontre de dizaines de requins baleines attirés depuis des décennies par les pêcheurs locaux. Ambiance.

Durant la première demi-heure, nous croisons des dizaines de requins débonnaires en quête de quelques poignées de crevettes-friandises complaisamment distribuées par les pêcheurs depuis leurs embarcations traditionnelles à balanciers. Puis vient l’heure des touristes. Agrippés par grappes généreuses aux flotteurs des bateaux de pêche, avec pour seul équipement un masque, un tuba et un gilet de sauvetage, les visiteurs éphémères barbotent au milieu des squales indifférents pour une poignée de pesos. J’ai tôt fait le plein d’images, Greg fait signe qu’il est temps pour nous de rejoindre le Seadoors. Le compteur de mon Nikon affiche plus de 200 clichés.

Je rassure les vindicatifs prêts à bondir, je ne suis pas ici pour faire l’apologie de cette activité défendue bec et ongles par les autochtones au nom de l’économie locale, voire nationale. Je n’en ferai pas plus le procès qu’appellent pourtant de leurs vœux les écologistes au nom du sacro-saint respect de la nature. Le sujet ayant déjà fait couler des fleuves d’encre, je laisse le soin aux polémistes de s’exprimer entre eux sur les réseaux sociaux. Je conseillerais seulement à tous de mettre en perspective l’impact de cette activité locale avec celui de notre propre activité planétaire. Une saine réflexion s’impose à condition d’accepter d’abord de balayer chacun devant sa porte.

Negros oriental : Apo Island
Toujours plus au sud, nous atteignons Apo Island. Par deux fois, l’occasion nous est donnée de survoler l’un des plus beaux paysages coralliens qu’il m’ait été donné de contempler. Dans une jungle de coraux : champignons, feuilletés, cylindriques, tabulaires, encroûtants, parfois même fluorescents, s’ébat une faune tantôt secrète, tantôt ostensible et toujours étonnante : poisson grenouille d’un noir anthracite, centaines de clowns qui défendent bravement leurs anémones chéries contre nos bruyantes incursions dans leur vie privée par des intimidations totalement décomplexées. Mais le plus marquant sera quand même pour moi, la visite prolongée d’un magnifique cobra des mers, un « tricot rayé bleu » (Laticauda laticauda), à la taille et au diamètre autrement plus impressionnants que ceux de son cousin à lèvres jaunes (Laticauda colubrina) également présent dans ces eaux. Une rencontre que l’on n’oublie pas.

Pied à terre sur Bohol
Il eut été dommage de manquer les Chocolate Hills de Bohol (Les collines de chocolat) une surprenante formation géologique vieille de 2 millions d’années, qui s’étend sur plus de 50 km2. A partir du sommet de l’une d’entre elles, il est possible d’avoir une vue panoramique sur une partie des 1268 collines en forme de terrils. Au risque de décevoir les gourmands, la teinte chocolat n’est que la couleur automnale de la végétation.

Cerise sur le gâteau, sur le chemin du retour, nous effectuons une longue visite dans une réserve unique, domaine sauvage du tarsier des Philippines (Carlito syrichta). Apparemment fragile, ce minuscule primate nocturne à tête de Gremlin est doté d’une excellente vue, quand bien même ses énormes globes oculaires orangés sont immobiles, l’obligeant à tourner la tête. Que l’on ne s’y trompe pas, sa fragilité n’est qu’apparente car il est capable d’effectuer des bonds spectaculaires pour attraper insectes, lézards, serpents et même des petits oiseaux. À l’instar du dauphin ou de la chauve-souris, il possède la faculté d’écholocalisation, en un mot, d’émettre des ultrasons sur une fréquence de 70.000 Hz (l’homme ne perçoit que jusqu’à 20.000 Hz) pour détecter ses proies. Un prédateur de taille modeste, certes mais d’une redoutable efficacité.

Cap au nord
La météo ayant toujours le dernier mot, nous sommes contraints d’oublier la plongée de Bohol Anda trop exposée et de mouiller près de Cabilao. Pour ma part, je n’y vois aucun inconvénient, car ici les fonds sont partout superbes. Seul inconvénient, les sujets sont si nombreux que les plongées paraissent invariablement trop courtes. De quoi combler les amateurs de sujets miniatures autant que les fans de paysages coralliens riches d’éponges barriques, de gorgones multiformes ou de corail noir aux ramifications évanescentes. Plus tard, après une brève escale technique au Yacht Club de Lapu Lapu, notre brave Seadoors met le cap sur Malapascua et ses mythiques Monad Shoals où je compte bien y retrouver le non moins mythique requin renard (Alopias pelagicus).

Tout a été dit ou presque sur Monad Shoals alias Shark Point, une plateforme corallienne située à 30 mn de bateau de l’île de Malapascua, là où les requins renards ont pour habitude de se faire déparasiter par des dizaines de poissons nettoyeurs hautement spécialisés. Un site si prisé des plongeurs que les autorités locales y ont établi des règles strictes. Le long d’une corniche naturelle à 26 m de profondeur, une corde a été tendue face au large, frontière qu’il est interdit de franchir. L’usage des flashes y est également prohibé… au grand dam des photographes, à ceci près que les plongeurs du Seadoors peuvent observer ailleurs ces magnifiques requins à la robe métallique… grâce à l’expérience acquise au long des années par Pierlo, l’organisateur des croisières. Personne ne s’en plaindra, pas même les magnifiques requins argentés, d’ailleurs beaucoup moins timides que le prétendent certains.

Chocolate Island
Posée à l’extrême nord de l’île de Cebu, Chocolate Island n’est ni plus ni moins que l’Eldorado des amateurs de biologie et de macrophoto. Outre les nombreuses espèces de nudibranches et de vers plats multicolores, en patrouillant dans les massifs de corail protégés des courants, on trouve de tout : juvéniles de toutes espèces, seiches, poulpes, serpents « tricots rayés », porcelaines, crevettes, crabes, étoiles de mer à la déco parfois stupéfiante, jusqu’au timide poisson pégase invisible pour le plongeur trop pressé. Une concentration tellement localisée que je ne l’explique pas. Mais après tout, pourquoi bouder son plaisir ? Le périple touche à sa fin avec son étonnant patchwork de souvenirs encore frais et la perspective de devoir reprendre le chemin de la maison. La tête à la fois pleine d’image et de projets, je tire une ultime série de clichés d’un élégant poisson faucon à long nez dans son pyjama à carreaux, mal dissimulé dans les ramifications vaporeuses d’une fougère arborescente… Ultime vision d’une croisière qui a largement tenu ses promesses ! Alors… Bye bye Seadoors !

Ce reportage à bord du Seadoors a pu être réalisé grâce à :

Pierre Laurent Pablo
info@seadoors.net
Tél. +639176885182
http://www.seadoors.net

Ainsi qu’à l’Office national du Tourisme des Philippines.

Retrouvez cet article dans le N° 282 de Subaqua (Janvier-Février 2019)

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