Mexique : Socorro grandeur nature

S’il est une destination de plongée incontournable sur notre planète, c’est bien celle-ci. À plus d’une journée de traversée du continent, l’archipel des Revillagigedo offre aux afficionados de grand spectacle une magnifique opportunité. Une occasion unique de parfaire ses connaissances des grosses bêtes en compagnie du Canadien Andy Murch, l’un des meilleurs spécialistes actuels du monde des requins.

24 heures après avoir laissé derrière nous Cabo San Lucas et son effervescence touristique « Made in USA », notre brave Sea Escape laisse filer ses ancres sous les falaises de l’ancien volcan de San Benedicto, la première des quatre îles de l’archipel des Revillagigedo. Seule, Clarion, située à plus de 400 km à l’ouest nous échappera. Trop éloignée et surtout zone militaire interdite. Une première plongée dite de « réadaptation » se fait au lieu-dit The Canyon. Peu de choses à observer sinon un banc de requins marteaux hors de portée, quelques requins corail en maraude, un requin tigre inquisiteur et de nombreuses murènes vertes en liberté. Finalement, pas de quoi fouetter un chat, mais Benjamin le dive master avait bien précisé qu’il s’agissait d’une simple mise en bouche. Me voilà rassuré.

Roca Partida
À la faveur de la nuit, le capitaine a mis directement le cap sur Roca Partida, préférant réserver la grande île de Socorro pour plus tard. Roca Partida, la bien nommée est un gros rocher reconnaissable de loin à ses deux pics recouverts de guano. À 7 h précises, après la rituelle bascule arrière à l’est de l’îlot, les choses sérieuses commencent. D’entrée de jeu, une bande de grands dauphins facétieux accompagnent notre descente en gazouillant comme des moineaux, comme pour prévenir les habitants du récif. Des dizaines de requins corail vont et viennent le long du tombant, s’écartant à peine pour éviter les plongeurs. Ça et là, des alvéoles tapissées de corail jaune vif ponctuent la roche basaltique. La plupart sont habitées par ces mêmes requins, empilés comme des assiettes, nez face au courant pour s’oxygéner sans trop d’efforts. Peu farouches, ils frémissent à peine sous l’impact des éclairs de flash, sans doute accoutumés aux incursions récurentes des visiteurs sous Néoprène.

Un peu plus tard, branle-bas de combat. D’un index à répétition, Benjamin désigne un banc de requins marteaux. Las, ces derniers sont largement à plus de 40 m de profondeur, une zone interdite pour qui plonge au Nitrox. Cela dit, l’extrême clarté de l’eau ne nous fait pas perdre une miette du spectacle. Décidément, l’effet El Nino perdure et les eaux de surface inhabituellement chaudes incitent les prédateurs à rester en profondeur dans la couche d’eau froide. Seule la troisième plongée nous permettra de côtoyer quelques requins des Galapagos, de taille respectable.

Punta Tosca
Cette fois nous sommes à Socorro, la plus grande île de l’archipel. Le Sea Escape a mouillé à l’abri de Punta Tosca, un long appendice de lave refroidie qui le protège des redoutables courants. Déguster son premier café sur le pont supérieur pour contempler les nombreuses baleines à bosse qui s’ébattent le long de la côte n’est pas le moindre des plaisirs. Le temps n’est pas encore venu pour elles de rejoindre leur terrain de chasse estival, les petits n’ayant pas encore acquis la force nécessaire au long voyage vers le nord qui les attend. Benjamin interrompt ma rêverie, la première plongée n’attend pas.
Moi qui parlait de courant, je suis servi. Dès mon arrivée au fond, je m’aggripe in extremis à une aspérité pour ne pas être entraîné. Le « jus » qui sévit ici n’a rien à envier à celui des Maldives dont la réputation n’est plus à faire. A l’instar de mes compagnons d’infortune, mes bulles s’enfuient à l’horizontale, ce qui n’est pas de bon augure.


Quinze minutes plus tard, notre réserve d’air est sacrément entamée mais nous avons enfin pu atteindre une zone de calme. Benjamin déploie son parachute, pour mettre fin au supplice. Voilà bien ce qui s’appelle un coup pour rien. Dans la zone des 5 m, deux plongeurs quittent soudainement le groupe… J’ai tout juste le temps de voir une baleine à bosse disparaître dans le contre-jour. Ce ne sera pas pour moi, trop loin et surtout trop tard ! Erreur. À l’instant précis où je me résigne à remonter bredouille, Une masse énorme surgit de nulle part, pile devant mon masque : une énorme baleine à bosse accompagnée de son baleineau. Juste le temps de neutraliser mon flash pour ne pas gâcher la beauté de l’instant et je prends tout mon temps pour tirer le portrait de la famille baleine. La taille minuscule du rejeton et son aspect « frippé » laissent à penser qu’il s’agit d’un nouveau-né.

Finalement cette plongée quasiment catastrophique se termine en apothéose. La bonne surprise c’est que nous n’étions pas les seuls à nous être mis à l’abri du courant. Comme quoi…
C’est au lieu-dit MacNeil Rock que nous rencontrons notre première raie manta. Une géante de près de 7 m d’envergure qui nous suit d’un bout à l’autre de la plongée… ou plutôt profite de nos panaches de bulles dont elle se délecte de la caresse. Et ce n’est q’un avant-goût de ce qui nous attend. Cap sur San Benedicto, cap sur le « Boiler ».

La « lessiveuse »
C’est le point d’orgue de tout périple aux Revillagigado. The Boiler ou « la lessiveuse » en anglais (de Grande Bretagne) fait penser à un site apocalyptique où de furieux courants contradictoires précipitent les plongeurs cul par dessus tête contre la roche volcanique, or il n’en est rien. Imaginez plutôt une salle de spectacle digne d’Imax - les fauteuils en moins - pour un spectacle en live où tout se déroulerait au ralenti et surtout dans lequel vous seriez les acteurs privilégiés.


Le décor : un immense feuilleté de roche volcanique s’élevant jusqu’à 5 m de la surface. Les acteurs : côté ombre du récif, quelques centaines de carangues à gros yeux, gigantesque garde-manger pour une poignée de grands dauphins qui viennent y prélever leur repas au gré de leur appétit. Côté soleil, les sempiternels requins corail mais surtout des dizaines de raies mantas géantes, grandes coquettes qui ne sortent jamais sans s’être affublées de rémoras longs comme le bras et sans être escortées de « nettoyeurs » de tous calibres, carangues noires de belle taille ou poissons-anges de Clarion, dont la vocation est de les débarasser de leurs parasites et de nettoyer une plaie éventuelle.
Avec un spectacle d’une telle beauté, d’une telle intensité, on voudrait ne jamais quitter la salle, juste pour être certain de ne rien oublier. D’ailleurs, comment oublier quoi que ce soit, lorsqu’à la sortie, des dizaines de dauphins viennent vous saluer de si près qu’on est presque tenté de tendre la main ? Presque ?

Ce reportage a pu être réalisé grâce à :

Andy Murch, guide & spécialiste reconnu des requins.
http://bigfishexpeditions.com
reservations@bigfishexpeditions.com

Retrouver cet article dans le N° 133 de Plongeurs International à paraître fin Avril 2015

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